jeudi 12 décembre 2013

Yennayer 2964 : Le calendrier kabyle en vente dans les librairies

Yennayer 2964 : Le calendrier kabyle en vente dans les librairies

12/12/2013 - 11:53

TIZI WEZZU (SIWEL) - Amar Zebbar, militant kabyliste, poète et photographe a toujours marqué le nouvel an amazigh à travers un calendrier kabyle depuis 2001. Il ne se contente pas de faire revivre le calendrier agricole kabyle étant donné que chaque édition est porteuse d'un message révolutionnaire appelant le peuple kabyle à disposer de lui-même.


Yennayer 2964 : Le calendrier kabyle en vente dans les librairies
En dépit de la politique négationniste du régime raciste d'Alger, Yennayer est célébré dignement par les Amazighs.

à l'approche du nouvel an, les librairie sont envahiss par des calendriers de toute dimension. Le calendrier kabyle dont Yennayer n'est pas toujours consacré jour férié comme le 1er janvier et le 1er Moharem, est présent chaque année grâce à la détermination des militants kabyles qui expriment leur attachement à leur kabylité et leur appartenance à la grande famille amazighe.

Amar Zebbar, militant kabyliste, poète et photographe a toujours marqué le nouvel an amazigh à travers un calendrier kabyle depuis 2001. Il ne se contente pas de faire revivre le calendrier agricole kabyle étant donné que chaque édition est porteuse d'un message révolutionnaire appelant le peuple kabyle à disposer de lui-même.

Chaque numéro, est dédié à des militants qui se sont sacrifiés pour la dignité et la liberté et souvent disparu dans l'anonymat. Amar Zebbar fait en sorte de déterrer leur nom et leur combat pour les inscrire dans la mémoire collective du peuple kabyle.

Pour Yennayer 2964, le calendrier a été un hommage aux militants qui ont marqué chaque période du combat kabyle depuis l'Etoile Nord Africaine à nos jours : Imach Amar, Benai Ouali, Amar Ould Hamouda, Mbarek Ait Menguellet, Laimèche Ali, Henine yahia , Rachid Ali Yahia , Mouloud Mammeri, Salah Boukrif, Achour Belhjezli .....

L'auteur a tenu à travers cette nouvelle édition, à rendre hommage aux hommes de lettres comme Tertullien, Belait Ait Ali, l'historien kabyle Mouloud Gaid .. et à exprimer son soutien au chanteur kabyle Zedek Mouloud.

Entre Images tirées des manifestationsdu MAK, poèmes engagés, petites biographies des personnages suscités, Amar Zebbar s'engage avec dignité pour l'autodétermination du peuple kabyle.

lundi 9 décembre 2013

Contribution - Tamazight langue officielle : Une fausse solution pour un vrai problème | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie


Contribution - Tamazight langue officielle : Une fausse solution pour un vrai problème

L. ACARΣIW pour Tamurt.info

A l’approche de l’élection présidentielle algérienne, le problème de la « langue ? » Tamazight refait surface. D’anciens « militants » berbéristes tentent de refaire croire en l’espoir de son officialisation sous un régime qui, depuis plus de cinquante ans, a vu tant de têtes partir et d’autres s’installer, sans que la politique de déni identitaire et linguistique envers les peuples Amazighs d’Algérie change en quoi que ce soit.
09/12/2013 - 10:53 mis a jour le 09/12/2013 - 10:54 par L. ACARƩIW

A ttnadin Υef tsarutt , tabburt w’arɛad i tt-ufin CuΥlen-d m’ ad-telhu tefsut, nitni du gegris Υellin. Ait menguellet
A vrai dire, ces quelques phrases suffisent amplement pour résumer le désarroi des tenants de la revendication de l’officialisation de tamazight, aujourd’hui.
Malheureusement, si cela est clair pour certains, pour d’autres, l’évidence se perd dans la densité du brouillard politique qui fait obstacle à une projection de l’avenir en Algérie. A partir de là, chacun de nous a le devoir d’exprimer sa divergente par souci de démocratie et d’honnêteté intellectuelle.
Toutefois, la question se pose légitimement quant à la motivation politique des initiateurs de ce débat unilatéral.
A l’approche de l’élection présidentielle algérienne, le problème de la « langue ? » Tamazight refait surface. D’anciens « militants » berbéristes tentent de refaire croire en l’espoir de son officialisation sous un régime qui, depuis plus de cinquante ans, a vu tant de têtes partir et d’autres s’installer, sans que la politique de déni identitaire et linguistique envers les peuples Amazighs d’Algérie change en quoi que ce soit.
Le concept même d’officialisation d’une langue ne signifie pas toujours que sa reconnaissance soit la reconnaissance d’un peuple. Beaucoup de pays officialisent des langues qui ne sont pas propres à leur peuple. C’est une officialisation motivée par un besoin pratique, pour le bon fonctionnement de leurs institutions. Les pays d’Afrique en sont l’illustration.
Il existe aussi des Etats qui utilisent des langues dans leurs institutions sans même qu’elles soient officielles, l’exemple du français en Algérie est édifiant, même si nous n’ignorons pas la duplicité du régime qui, dans ses discours exprime hypocritement son hostilité envers cette langue, et dans les faits, en use et en abuse abondamment au plus haut sommet de l’Etat.
Pour moi, comme l’a chanté un poète de chez nous, « les langues comme les hommes, sont égales en droit ». Mais force est de constater chez ceux qui nous gouvernent que pour toutes les langues amazighes, il n’y a que haine, mépris et violence envers leurs défenseurs. Ils n’arrivent pas à admettre que l’on puisse mettre celles-ci sur le même pied d’égalité avec l’arabe, consacré depuis 1962 comme La langue nationale et officielle. Les langues amazighes sont pour eux des langues de sauvages et d’arriérés.
Ces constats m’amènent à penser que la thèse avancée, selon laquelle l’officialisation de la « Langue Tamazight » en Algérie mettra fin au déni identitaire dont souffrent les peuples Amazighs, au premier rang desquels il y a le peuple kabyle, est erronée. On le voit déjà au Maroc où, même en faisant constitutionnellement de tamazight une langue nationale et officielle tarde lourdement à l’appliquer dans les faits.
L’explication se trouve dans la nature du régime Algérien qui a constamment développé une politique coloniale visant à dépersonnaliser les Kabyles, les Chawis, les Touaregs, les Mozabites soumis tous à une politique visant leur disparition. Une politique qui n’est pas seulement celle du régime Algérien, mais partagée et exécutée par tous les Etats d’Afrique du Nord au nom de l’idéologie arabo-musulmane.
Le recul historique de la lutte de nos aînés pour notre existence, puis l’évolution de notre réflexion aujourd’hui, me laissent penser que le problème dont souffre le peuple kabyle, et à travers lui, les autres peuples Amazighs, ne peut pas se résumer à un simple problème linguistique. Même si un bilan dans ce sens est important à réaliser, il me semble que la question est avant tout d’ordre politique. C’est celui de l’existence de peuples distincts méritant chacun son propre Etat.
Surtout quand on sait que les linguistes s’accordent à dire qu’une langue ne se résume pas seulement à un moyen de communication entre les personnes, mais que la langue est un concept beaucoup plus complexe, comme le soutient Claude Hagege en disant : « chaque langue est un petit univers de sens et d’originalité conceptuelle ». Louis-Jean Calvet, quant à lui, soutient qu’une langue qui n’est pas acceptée par ses interlocuteurs n’a pas lieu de s’imposer. D’où cette question objective qui nous interpelle : pourquoi veut-on imposer la langue arabe aux Amazighs, et pourquoi veut-on imposer une langue commune aux peuples Amazighs au détriment de leurs langues respectives ?
Dans les deux cas de figure, la démarche est vouée à l’échec. C’est Ferdinand de Saussure qui nous a rappelé cette évidence : « L’État parvient rarement à imposer à une population une langue dont elle ne veut pas ou plus. Les langues évoluent, naissent et meurent, en fonction des besoins de leurs interlocuteurs ».
Au fond, La réflexion me pousse à poser le problème de la légitimité du combat pour « Tamazight ». Quelle est la légitimité des kabyles à porter une revendication pan-amazighe, qui ne concerne pas que la Kabylie ? Surtout, a-t-on le droit de piétiner la souveraineté et les aspirations des autres peuples Amazighs en Algérie ?
Ceci est d’autant moins légitime que le niveau de conscience, le combat politique, l’expérience et la tradition revendicative sont différents d’un peuple à un autre. La démarche la plus sage devrait avoir pour souci de respecter des paramètres pour chaque situation. Cela dit, une synergie est susceptible de se créer mais avec des Etats, chacun en phase avec son peuple.
Le combat identitaire des kabyles ne date pas d’aujourd’hui. Il a traversé des temps immémoriaux. D’un combat militaire mené pour la souveraineté du peuple kabyle à un combat politique en faveur des droits de tous les peuples d’Afrique du Nord, la Kabylie a arraché l’indépendance de l’Algérie mais ne trouvera de repos que le jour où le peuple kabyle aura recouvré sa totale liberté.
L’apport de l’Amusnaw kabyle, Dda Lmulud At Mâemmer en matière d’histoire, d’anthropologie et de linguistique est à bien des égards inestimable. Il avait le souci de ne pas dissocier la culture de la politique. Il était convaincu que celui qui prend les rênes du pouvoir, dans un pays multiethnique est toujours tenté d’imposer et de favoriser sa langue et sa culture sur celles des autres.
Parler des bienfaits de l’officialisation, supposerait que le pouvoir algérien mettrait tout en œuvre pour promouvoir et développer l’Amazighité qu’il a toujours combattue. Cela relève d’un fantasme politique. L’exemple du Maroc est là pour nous rappeler que l’officialisation de Tamazight n’est qu’un gadget pour amuser ceux qui y croient et qu’elle ne rétablit pas les peuples Amazighs dans leurs droits. Peut-on faire confiance à ce pouvoir pour prendre en charge notre langue ? Peut-on penser que la victime puisse attendre de la clémence de son bourreau ?
Au demeurant, penser aujourd’hui que le nationalisme kabyle, qui s’est traduit par cette volonté d’affirmer son identité à travers un Etat, un peuple et une langue kabyle, est anti-amazigh est un non-sens. Un bébé qui se sépare de son cordon ombilical, ne veut pas dire qu’il reniera sa mère, cela veut juste dire qu’il est apte à se prendre en charge, cela nécessite du temps certes, mais c’est tout-à- fait naturel. Il en va de même pour toutes les langues dites amazighes. Elles sont toutes aptes à être des langues officielles, des langues d’Etat, quand-bien même elles puiseraient chacune dans les autres ce qui lui manquerait.
Indéniablement, c’est grâce au bilan du combat pour « Tamazight » que nous sommes arrivés à une réalité, qui aurait dû nous interpeller en amont de notre lutte, et qui est la suivante : la pérennité d’une langue dépend de la capacité du peuple à la protéger et à la promouvoir. Or, le peuple kabyle est dépourvu de sa souveraineté, par voie de conséquence sa langue n’a aucune protection. Protéger le peuple kabyle par l’édifice d’un Etat propre à lui, protégera inéluctablement sa langue.
C’est aussi la façon la plus efficace avec laquelle on peut faire bénéficier tous les peuples Amazighs des fruits de leur sueur.
L. ACARΣIW

jeudi 5 décembre 2013

Le syndrome du TITANIC | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

Akbou

Le syndrome du TITANIC

Amar BENHAMOUCHE pour Tamurt.info
La carrière d’Akbou ne devait pas exister, si on procède à la logique des choses. Entourée d’agglomérations importantes et de terres agricoles, la carrière, avec ses débris et la poussière, constitue une menace majeur pour la santé des populations locales en provoquant des maladies divers : cardiovasculaires, pulmonaires, cancers et d’autres. Elle dévaste également des récoltes agricoles qui se trouvent dans les alentours.
05/12/2013 - 12:26 mis a jour le 05/12/2013 - 10:26 par Amar Benhamouche

L’environnement et la santé publique se sont dégradés dans la région d’Akbou. Les causes sont multiples. Les principaux accusés sont les acteurs économiques de la région ainsi que les élus et représentants politiques qui n’ont pas défini une politique écologique pour l’environnement.
La carrière d’Akbou ne devait pas exister, si on procède à la logique des choses. Entourée d’agglomérations importantes et de terres agricoles, la carrière, avec ses débris et la poussière, constitue une menace majeur pour la santé des populations locales en provoquant des maladies divers : cardiovasculaires, pulmonaires, cancers et d’autres. Elle dévaste également des récoltes agricoles qui se trouvent dans les alentours.
La zone industrielle d’Akbou, qui comprend plusieurs entreprises, participe, elle aussi, à cette débâcle écologique. On signale d’ailleurs le non respect des normes écologiques et l’absence d’une taxe environnement sur ces entreprises polluantes. À coté, des émissions de gaz à effet de serre qui provoquent de grave maladies, les déchets de ces entreprises partent directement vers la rivière de la Soummam. Une rivière polluée par le fait de l’activité industrielle, mais, qui continue, encore, d’être une source d’irrigation pour certains agriculteurs de la région.
Akbou et ses environs sont devenus une poubelle à ciel ouvert. La gestion des déchets est loin d’être maitrisée et la pollution visuelle offre la laideur aux visiteurs.
La végétation est, également, touchée. Des massifs forestiers qui constituent les poumons de la région sont partie en fumée. Cela, sans, aucune intervention réelle et sérieuse de la part des autorités locales et des services concernés pour barricader l’avancée des flammes.
La population locale a bravé le silence en organisant, le 13 SEPTEMBRE 2012 une marche contre les incendies de forets. Cette marche, qui a été initiée par le collectif populaire contre les feux, est considérée comme la première marche écologique dans l’histoire de l’Algérie post coloniale.
Cette volonté populaire et cette conscience écologique doivent être accompagnées par un engagement politique sincère des responsables et élus locaux dans le but de protéger l’environnement et la santé des populations. Tout cela, en pensant aux énergies vertes et à une industrie vertes ou moins polluante.
De leur côté, les industriels doivent, aussi, dépasser leur égo, en pensant à l’intérêt collectif. Mais, y’a-t-il un capitaliste qui pense en socio-écologiste ? Amar BENHAMOUCHE Etudiant en psychologie clinique psychopathologie et santé mentale,
Montpellier III

Yacine et Tamazight... - TAMAZGHA le site berbériste

Hommage à Kateb Yacine
Yacine et Tamazight...
Entretien de Tassadit Yacine (1987).
jeudi 25 novembre 2004
par webmaster
Cet entretien est considéré par certains comme celui où Kateb Yacine s’est montré le plus virulent. Il serait l’entretien où il a été le plus loin dans sa condamnation de l’arabo-islamisme. Les origines amazighes de l’Afrique du Nord sont revendiquées avec force.
L’on retrouve les propos tenus dans l’entretien filmé accordé à Stéphane Gatti (Kateb Yacine, poète en trois langues, film documentaire produit par "La Parole Errante", 2001).
Dans cet entretien, il revient également sur la condition de la femme nord-africaine. Il estime que "c’est l’arabo-islamisme qui a abouti à l’asservissement et à la dégradation de la femme chez nous".
Nous reprenons l’intégralité de l’entretien accordé par Kateb Yacine à Tassadit Yacine en 1987. Cet entretien a été publié dans la revue AWAL (n° 9).
Tassadit Yacine. - Si vous voulez bien, essayons de définir ce que vous apelez la "patrie", l’Algérie.

Kateb yacine. - Nedjma, c’est l’Algérie, la quête de l’Algérie. Est-ce que nous l’avons trouvée ? A mon avis, non. Nous ne sommes même pas capables d’appeler notre pays par son nom. "L’Algérie", ce n’est pas le vrai nom de notre pays. C’est un terme touristique. Ldjazaïr, c’est quoi ?

- "Les Iles"...

- Vous avez vu un pays s’appeler "les Iles" ? Ce sont les Arabes qui l’ont appelé ainsi.

- Oui.

- Nous continuons à nous désigner en termes étrangers, parfois hostiles et même méprisants ou sinon indifférents.

- Vous l’auriez appelé comment ?

- Moi, je préférerais l’appeler Tamazight...
- Tamezgha, c’est le lieu où se pratique le tamazight, qui est la langue... Je crois que Tamezgha a déjà été employé par quelques-uns pour désigner, semble-t-il, un ensemble plus vaste.
- Ldjazaïr ne peut pas être le nom de notre patrie ! C’est touristique.

- Même par rapport au nom ancien de l’Algérie, il y a eu comme une amputation. Au Xe siècle, c’était Djazaïr-Bani-Mazghena, "les Iles" ou "les Ilots des Mazghena" (qui est la forme arabisée d’Imazighen,). [...] Avec le temps, Mazghena a complètement disparu, seul le terme El-Djazaïr est resté.
- Un jour, l’Algérie retrouvera son véritable nom.

- Vous pensez réellement qu’il est bon de revenir sur un fait établi et largement admis...
- Nécessairement. Il suffit de le savoir.

- De ne pas rester dans l’ignorance, c’est bien cela ?
- L’ignorance n’est rien quand on commence à savoir. L’ignorance, c’est quelque chose qu’il faut secouer. Jusque-là, il y a des gens, ça ne leur venait même pas a l’idée Notre tâche, c’est de leur mettre la puce a 1 oreille. C’est de poser enfin ces problèmes-là. Autrefois, on nous disait : "Non, ce n’est pas le moment." Les gens qui nous disaient cela le disaient au nom de quoi ? Au nom de l’unité. On nous disait : "Il ne faut pas diviser." On parle toujours d’unité... Je veux régler ce problème une fois pour toutes.

- Sur quelles bases voulait-on réaliser cette union ? De plus, parler d’"union" voulait dire qu’il y avait désunion. Je ne comprends pas pourquoi ce problème s est pose à votre génération en ces termes...
- Est-ce qu’on doit s’unir sur la base du mensonge et de l’ignorance ou bien sur celle de la connaissance et de l’espérance ? Il faut poser le problème comme ça. Est-ce qu’on doit s’unir pour tuer une langue ou pour la taire vivre ? Est-ce qu’on doit s’unir pour connaître son histoire ou pour l’ignorer ? C’est nous qui sommes pour l’unité, ce ne sont pas eux. Encore faut-il qu’elle se fasse sur quelque chose de vrai ! A ce moment-là, tous ces pseudo-nationalistes apparaissent comme de faux patriotes comme des ennemis même de l’Algérie, parce que, s ils étaient des patriotes, il ne leur viendrait pas à l’idée de se mer eux-mêmes, de nier l’essence même de la patrie ; justement, en tant que bourgeois, ils ont besoin de l’arabo-islamisme parce qu’ils sont complices des envahisseurs étrangers, pour la bonne raison qu’ils veulent continuer à dominer ce peuple. Ils ne veulent pas que ce peuple comprenne parce qu’ils savent que la conscience est une chose qui va loin. Si la conscience s’éveille, elle aboutira nécessairement à la perte de leur pouvoir. Mais la conscience commence à s’éveiller, ça y est, c’est parti.

- Vous êtes peut-être optimiste.
- C’est sûr, c’est parti.

- Vous voulez dire que la méconnaissance de l’histoire, c’est une méconnaissance de soi ?
- C’est un complexe d’infériorité.

- Il est peut-être difficile de voir les choses en face...
- Justement dans ce cas.

- Votre Nedjma, c’est à la fois le pays, l’histoire, la conscience. En arabe, Nedjma, c’est le nom d’une femme. Dans le même ordre d’idée, on peut dire que l’histoire est aussi niée. Comme on a oublié aussi le rôle des femmes pendant la guerre, ils nient l’existence des femmes comme êtres humains. Il y a par conséquent, à mon avis, ce refus de voir les femmes chez nous telles qu’elles sont. Le refus de reconnaître les femmes participe aussi de ce refus de soi. On ne peut pas bâtir une société, une nation, sans l’autre qui est aussi une partie de soi. Comment amputer une partie de soi ? Comment amputer ce pays de ce qui le fait ? Ça revient, comme vous le disiez tout à l’heure, à le nier et à se nier soi-même par la même occasion.
- Qu’est-ce qui est à la base de ça ? Pourquoi en sommes-nous là ? Comment a commencé le malheur ? Il a commencé par les invasions étrangères, et c’a été une suite d’invasions étrangères... Les Romains. Commençons par là, car c’est une période relativement connue. N’oublions pas qu’à un certain moment l’Algérie a été dite "romaine".
Combien de temps les Romains sont-ils restés ?

- Cinq siècles.
- L’Algérie romaine. L’Algérie chrétienne, on en a parlé. On a présenté Saint-Augustin comme un Algérien et, moi, j’ai eu la terrible surprise, après l’indépendance, de voir des personnages officiels faire des conférences à Souk-Ahras sur Saint-Augustin.

- Et alors ? Est-ce une surprise agréable ou désagréable ?
- Moi, j’ai ressenti ça comme un crachat. Pour moi, saint Augustin, c’est Massu, parce qu’il a massacré les Donatistes, ceux qui étaient des chrétiens sincères. Ils avaient pris position pour les insurgés et les ouvriers agricoles qui se battaient contre les latifundia, contre les colons romains, exactement comme nous contre les Français. Saint Augustin a appelé à la répression et la répression a été atroce. C’a été des massacres. Fêter Saint-Augustin, qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi ? Parce qu’il est né en Algérie ? Dans ce cas-là, Camus aussi est né en Algérie. Et beaucoup de gouverneurs généraux...

- Vous pensez toujours la même chose ? Dans tous les pays du monde, il n’y a pas que les bons, les purs, les courageux qui soient citoyens...
- Bien sûr. Mais, pour moi, c’est un ennemi et c’est tout. Il faut rejeter ça avec la plus grande énergie. Bien sur qu’il ne suffit pas de naître en Algérie pour être un Algérien, surtout si on a travaillé contre son histoire, contre ceux qui l’étaient vraiment.

- A vous entendre, il y aurait encore de nombreux Saint-Augustin aujourd’hui...
- Et l’aliénation vient de la religion, encore une fois. De la même manière, quand on présente la Kahina comme une juive, qu’est-ce que cela veut dire ? Ça, c’est une invention des Arabes.

- Ce serait donc une reconstruction d’après la vision dominante, la vision des vainqueurs ?
- Oui, parce que, pour les Arabes et pour les musulmans, être juif, c’est être le diable. C’est une manière de lui coller une autre religion. Et, de toute façon, elle n’est pas entrée dans l’histoire comme ça. Si elle était entrée dans l’histoire comme juive, ça se saurait. La Kahina n’est pas entrée dans l’histoire parce qu’elle aurait lutté pour le judaïsme... A ma connaissance, non. Elle est entrée dans l’histoire comme nationaliste.

- Lutter pour une religion peut être aussi une forme de nationalisme. Pour ceux qui ont la foi, c’est déterminant.
- II faut réfuter ça énergiquement. C’est pour ça que je suis contre les mythes. Il y a l’histoire, quand même !

- De toute façon, il faut aussi admettre que ce peuple a connu avant l’islam les religions qui étaient là.
- Mais ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s’y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l’œuvre. On les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité. Ce sont des facteurs d’aliénation profonde. Voyez le Liban. Ça se passe devant nous. Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n’y a pas besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur de nos peuples vient de là. Le malheur de l’Algérie a commencé là. Nous avons parlé des Romains et des chrétiens. Maintenant, parlons de la relation arabo-islamique ; la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre.

- Parce qu’elle est constitutive de la culture du peuple ?
- C’est dur de lutter contre une telle couche d’aliénation. Pendant ces treize siècles, on a arabisé le pays mais on a en même temps écrasé le tamazight, forcément. Ça va ensemble. L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne, et donc combattre la sienne, la tuer.
Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight parce qu’ils voulaient faire l’Algérie française. L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des rosés. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat.
Quand on prend Ibn Khaldoun... pourquoi on n’a jamais fait une édition populaire d’Ibn Khaldoun ? Je vous propose ça, maintenant : prenez L’Histoire des Berbères, faites une édition populaire d’Ibn Khaldoun. On me dit que c’est dur, etc. Il y a des côtés un peu ardus : les origines des tribus. Si on enlève ces pages-là, il y a des pages lumineuses sur l’histoire. Tenez, par exemple, quand on dit que ce peuple a apostasie douze fois... Ça prouve bien que la pilule n’est jamais passée.

- Il y a eu le phénomène des Bergwata, qui est une prise de conscience manifeste de ce que certains ont appelé une "forme de nationalisme nord-africain". Mais vous ne pouvez pas dire que ces faits culturels islamiques et, par voie de conséquence, arabes ne sont pas assimilés par le peuple. Ils sont partie intégrante - que vous le vouliez ou non - de la culture algérienne et du Maghreb.
- Je ne suis pas d’accord. Les gens croient parce qu’ils n’ont rien d’autre. Il y a beaucoup de choses à dire. Nous sommes pris dans un océan de mensonges. Nous avons un fil pour retrouver la vérité, il y a des siècles de mensonges, et Ibn Khaldoun, c’est très important, parce qu’il était en plein arabo-islamisme, mais il avait l’esprit scientifique.

- Il voyait la réalité telle qu’elle était.
- Pour nous, c’est une source extraordinaire. Il faut la répandre. Il faut que L’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldoun soit enseignée. C’est elle qui nous concerne le plus. C’est ça son œuvre fondamentale. Quand on lit ça, on peut arriver aux autres questions aussi.

- Pouvez-vous nous en dire plus ?
- On peut arriver aux femmes. Comment se fait-il que ce peuple ait été dirigé par une femme. Et puis, attention ! Ce peuple, ce n’était pas seulement l’Algérie...

- C’est normal, puisque l’Algérie, la Tunisie, le Maroc sont des créations récentes.
- ... c’était l’Afrique du Nord. Une Afrique du Nord bien plus large que celle qu’on nous apprend, parce qu’elle allait de la Libye jusqu’à l’Afrique. Le Maghreb lui-même est trop restrictif. C’est africain qu’il faut se dire. Nous sommes africains. Tamazight, c’est une langue africaine : la cuisine, l’artisanat, la danse, la chanson, le mode de vie, tout nous montre que nous sommes africains. Le Maghreb arabe et tout ça, c’est des inventions, de l’idéologie ; et c’est fait pour nous détourner de l’Afrique. A tel point qu’il y a maintenant une forme de racisme. D’ailleurs, moi, j’ai découvert avec vraiment beaucoup d’étonnement ici - ce qu’on appelle le Bureau arabe de travail, où l’on organise des séminaires - cette partie de l’Afrique. Un jour, j’ai entendu la musique malienne, j’étais bouleversé d’ignorer ça. C’est honteux. Et pourtant, avec le Mali, nous sommes sur le même palier. Il y a le Niger, le Mali, l’Afrique. Là aussi, on voit l’arabo-islamisme sous sa forme maghrébine occulter l’Afrique, occulter notre dimension réelle, profonde. C’est ce qui est important.

- Revenons un peu aux femmes, voulez-vous ?
- En ce qui concerne la femme, comment se fait-il que ce pays, ce sous-continent, ait pu être dirigé par une femme ? Et comment se fait-il que la femme en soit là aujourd’hui ? Ce n’est pas difficile : c’est l’arabo-islamisme qui a abouti à l’asservissement et à la dégradation de la femme chez nous.

- Je crois que ce n’est pas aussi clair que vous le dites. Les raisons sont hélas multiples et les problèmes complexes.
- C’est très clair. Je ne vois d’autre source que celle-là. Je n’en vois pas d’autres. Au nom de quoi ? Comment se fait-il qu’un peuple qui a été dirigé par une femme puisse aujourd’hui être ce qu’il est ? Je connais une femme qui veut divorcer parce que son mari a pris une seconde femme et qu’il veut la lui imposer chez elle. Elle veut demander le divorce. Or jamais le procureur n’a voulu la recevoir.
J’ai vu une fois de mes propres yeux, ici, au Clos Salembier, une femme sauvagement battue, en pleine rue, à coups de pied dans le ventre, devant tout le monde, à midi. Personne n’a bougé. Pourquoi ?

Parce qu’elle lui appartient, c’est sa femme. Il en fait ce qu’il veut. On ne pourrait jamais voir ça dans aucun autre pays du monde. Ici on appelle ça "être un homme" ! Est-ce que ça fait partie de ce que nous sommes réellement ?

- Je ne crois pas. Mais peut-être faut-il prendre la question autrement : la misère, l’inculture, le passé colonial, la perte de ses racines, etc., tout ça contribue à travestir la culture.
- Ça, c’est l’apport de l’arabo-islamisme. C’est ça la fameuse redjla, le culte de la virilité, le culte de la force.

- Mais ce culte de la virilité existe aussi ailleurs...
- On pourrait trouver d’autres exemples : le fait d’assimiler le travail à la prostitution, et beaucoup d’autres choses qui se passent chez nous et qui montrent bien comment l’arabo-islamisme devient la chaîne qu’il faut briser. Il est ce qui corrompt tout, ce qui souille tout. Évidemment, les gens, maintenant... Le socialisme n’a plus la même force chez nous. Les pouvoirs publics ne s’en réclament pas. Ils ont besoin pour exister de lutter contre les forces de progrès. Ces forces nationales et populaires peuvent être représentées grosso modo par les syndicats, les ouvriers d’un côté, de l’autre par les Kabyles, les Chaouïas, les Imazighen ; voilà les deux ennemis du pouvoir. Puisque ces deux forces, à l’heure actuelle, on veut les combattre, eh bien ! il ne reste plus qu’à s’appuyer sur l’arabo-islamisme. C’est ce qu’on a fait, même si on craint que les démagogues religieux ne prennent le pouvoir. En définitive, le véritable ennemi, c’est nous. Et ça, c’est une logique à laquelle personne ne peut échapper parce que ce pouvoir a peur de deux forces : il a peur du mouvement national et il a peur du mouvement ouvrier. Il a peur qu’il y ait un éveil réel dans les montagnes. Il a peur d’un deuxième Tizi-Ouzou, mais à l’échelle algérienne. Devant les difficultés économiques et, évidemment, les inévitables conflits sociaux qui se profilent à l’horizon, il a peur des syndicats, des ouvriers. A ce moment-là, le pouvoir est condamné à faire le jeu de ses ennemis. Il est condamné à se diviser en forces antagonistes, et c’est comme ça qu’on voit le mouvement intégriste attaquer des écoles de police. C’est comme ça qu’on voit dans les rues des quêtes pour les mosquées, c’est ainsi qu’on voit des privés construire des mosquées, et le pouvoir renchérir à son tour en construisant des mosquées, et les privés de renchérir à leur tour. Ça devient aveuglant, mais il y aura tôt ou tard un phénomène de rejet. Ce peuple a subi bien des assauts de forces qui se croyaient plus grandes et qui apparemment étaient invincibles, mais il n’y avait rien à faire. Le peuple reste lui-même, car les forces sont là.

- Avant d’en arriver à Tizi-Ouzou, voulez-vous dire comment vous avez pris conscience pour la première fois du fait culturel berbère ?
- La première fois ?

- Quel âge aviez-vous ?
- C’était quand j’avais neuf ou dix ans. Nous sommes partis du pays Chaouïa, c’est-à-dire par l’est puisque les Arabes sont arrivés par l’est (ils sont arrivés plus tôt chez nous), l’Est est arabisé plus tôt aussi. A Sedrata, où j’ai passé ma petite enfance, je n’entendais pas parler tamazight. On le parle plus loin mais pas à Sedrata. Ce que je savais sur les Kabyles quand j’étais petit, c’était plutôt péjoratif. Le Kabyle, c’était presque un juif, c’était un étranger, quelqu’un pas comme nous. On ne le percevait pas comme ça. Il y avait même des mots pour le désigner. Tenez : « Leqbayel, leqbayel/Tous, tous/Lgemla ged Ifellus ! »

- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- "Les Kabyles, les Kabyles/Tous, tous/Le pou gros comme le poussin !" C’est vraiment péjoratif, et pourtant c’est des Chaouïas qui disent ça. C’est les Imazighen eux-mêmes qui disent ça. Ça peut s’expliquer de mille manières.

- Comment l’expliquez-vous ?
- II faut le comprendre. Ce qu’on sait des Kabyles là-bas...

- On leur reproche d’être paysans, frustes, un peu sauvages...
- Non, souvent ce sont des bourgeois. A Sedrata, il y avait un nommé Azouaou qui représentait les Kabyles. Et Azouaou, c’est une grande ligne d’autocars. Donc ça suscite des jalousies. Les Kabyles qu’on voyait là-bas, c’étaient des Kabyles qui avaient réussi. Il y avait une espèce d’animosité bâtie sur l’ignorance. Je suis parti avec cette enfance-là.

- Quand les avez-vous perçus autrement ?
- Plus tard. Mon père, étant oukil, était muté très souvent. On l’a envoyé à Sétif. Près de Sétif, vers Bougaâ, en Petite Kabylie. Là aussi, c’est un peu arabisé, on ne parle plus tamazight. On arrive au village. Je me souviens, ma mère a vécu ça comme un exil. Elle est éloignée de sa famille. Aller chez les Kabyles, là-bas, c’est un peu dur.
Il n’y avait pas de fontaine à la maison. Il y avait une fontaine publique. Une jeune fille nous amenait de l’eau. Elle ne parlait que tamazight. Elle vient et dit à ma mère :
"A d-awigh aman smmat" ou quelque chose comme ça...
- Oui. .. "Je vais apporter de l’eau fraîche."
- Mais non... ma mère a compris samet ("saumâtre", "fade").

- A Bougaâ, le "d" avec emphase se prononce "t" avec emphase, bien sûr...
- Quand mon père est rentré, ma mère lui a dit : "Tu vois, tu m’as emmenée en exil dans ce pays. Il y a une fille qui m’a proposé de l’eau fade, saumâtre..." Mais, heureusement, mon père parlait bien la langue... Il parlait même l’hébreu ! Il avait un don pour les langues. Il lui a expliqué. Pour moi, c’a été une espèce de coup de foudre.
J’ai découvert mon vrai peuple. J’ai découvert la générosité, la beauté aussi. Tout ce que nous sommes.

- Vous avez vécu dans un village kabyle. Est-ce que ce n’est pas ça qui vous a mené vers le marxisme ? Vous avez été sans doute marqué par cette espèce d égalité apparente, mais trompeuse, qu’il y avait...
- Attention, ce village n’est pas comme ça, c’est un village de colonisation.

- Ça change tout en effet car, dans les villages des montagnes, c’était un peu une forme d’égalitarisme "primitif", mais qui cachait de grandes inégalités sociales. Le berger, le forgeron, le boucher n’ont pas le même statut que le paysan.
- La démocratie peut-être pas, surtout la générosité.

- La solidarité ?
- La générosité, c’est-à-dire que c’était un bon peuple/Mais mon père aussi était très généreux, c’était un peu l’avocat des pauvres. Très souvent, il ne faisait pas payer ses clients. Chez nous, par exemple, à la période de lekhrif (automne)...

- Vous receviez des corbeilles de figues ?
- ... on n’arrivait pas à rentrer à la maison, c’était plein de guêpes. On était envahis de fruits. Tous les fruits de la Kabylie atterrissaient à la maison, des produits de la chasse (perdrix...). Mon père lui-même aimait beaucoup les Kabyles, et puis lui-même était chaouïa. On l’appelait d’ailleurs « le Chaoui ». J’ai commencé à comprendre, mais je ne peux pas dire que j’ai tout compris... En tout cas, je sentais que, l’Algérie, c’était ça et pas autre chose ; par la suite, j’ai mieux compris.

- A quelle période ?
- Surtout dans l’émigration. Comme par hasard, à chaque fois que des gens me soutenaient, c’était toujours des Kabyles ou des Chaouïas.

- Pouvez-vous nous relater un de ces moments ?
- Quand je suis arrivé à Paris, j’avais un peu d’argent, mais je l’ai tout de suite dépensé. Un matin, je me suis retrouvé sans un sou, je devais quitter l’hôtel. Je ne savais pas quoi faire. J’ai rencontré un copain avec qui j’avais été en prison. J’étais catastrophé. Il me dit : "Ne t’en fais pas, il y a des compatriotes ici." Les Algériens de ce temps-là se connaissaient tous entre eux. Ils étaient presque regroupés par quartier. Les gens de Petite Kabylie, c’était le XIIIe. C’était rue du Château-des-Rentiers. C’était quelqu’un de l’Étoile nord-africaine, un vieux militant, analphabète, tuberculeux, vivant avec une femme de l’ancienne France, aristocrate qu’il appelait "Mme Jeanne". Elle était très cultivée. Elle était paralytique... C’était formidable. Ils avaient un café dans une espèce de cave. C’était le refuge de tous les Algériens en Europe : les chômeurs, les malades, les tuberculeux...

- C’est une rue qui porte bien son nom.
- C’était au numéro 213. En ce temps-là, il y avait beaucoup de bistros algériens. La plupart, c’étaient des Kabyles. C’étaient les plus pauvres qu’on retrouvait dans l’émigration. Petit à petit, avec la chanson et tout ça, je commençais à me sentir bien parmi eux ; je suis devenu l’écrivain public.

- Il s’appelait comment, le mari de Mme Jeanne ?
- Slimane. C’était pathétique. Il avait plus de soixante ans. Il m’a pris chez lui, c’était très pauvre, on mangeait des pois chiches sans viande, etc. Il n’empêche que, tous les jours, il me payait un paquet de Gauloises, mes journaux... Il était assoiffé d’informations, de politique, de nouvelles du pays. Et, comme il a vu que je m’intéressais à la politique, nos intérêts convergeaient. Il se serait ruiné rien que pour m’acheter des journaux. En retour, j’écrivais des lettres, je leur lisais les journaux, et puis, petit à petit, on s’est organisés pour le Front. A l’époque, c’était le Parti communiste algérien qui voulait créer le Front national démocratique (une des préfigurations du FLN). Un jour, j’ai décidé de faire un meeting et les nationalistes (les messalistes) me sont tombés dessus à coups de bâton. Bref, l’expérience a mal tourné, mais, à ce moment-la, j’ai vu ceux qui avaient eu maille à partir avec le Parti parce qu’ils étaient berbéristes. Il y avait un grand du Parti (il était actif dans le nord et l’est de la France) qui s’est jeté dans la Seine après l’indépendance. Il y avait beaucoup de choses : plus ça allait, plus je commençais à comprendre. Une des choses les plus terribles, c’est que, le vieux, je ne l’ai plus revu par la suite. J’ai quitté la France, je suis venu en Algérie. Quand je suis reparti en France, la cave n’existait plus, j’ai retrouvé Slimane garçon de café dans un autre truc du XXe, il m’a servi. Il était tout tremblant.

- Il vous a reconnu ?
- Bien sûr... C’est terrible... Quand on rencontre des gens comme ça, on voit où en est l’Algérie. Evidemment, après l’indépendance, je voyais ce problème et naturellement, comment le poser. J’ai pensé à le poser au théâtre puisque je voyais que, dans la chanson, il y avait déjà un très fort mouvement. C’était au temps ou il y avait Idir ‘(A vava inou va). C’est là que j’ai compris le rôle de la chanson en Algérie. En tamazight, c’était frappant ; c’est dans cette langue-là qu’il y avait un très fort mouvement. Ce n’est pas un hasard... je connais bien ça. Et puis je voyais à Alger... Qu’est-ce que c’est, Alger ? C’est la Kabylie. C’est la différence avec l’Aurès. Les gens croient que l’Aurès, c’est moins sensible. Ce n’est pas vrai. L’Aurès a la même sensibilité, mais seulement l’Aurès est loin d’Alger. Ici, si quelque chose se passe en Kabylie, une demi-heure après, une heure après, tout Alger l’apprend.

- C’est-à-dire que l’Aurès n’a pas investi de façon systématique les grandes villes de l’Est.
- Oui, même si ce sont de grandes villes, ce n’est pas la capitale, et puis c’est plus loin. L’Aurès, d’Annaba, c’est loin, et même de Guelma. Mais, ici, la montagne est à côté ; si quelque chose se passe ici, les montagnards sont là une heure après. Ça, c’est une force. C’est ainsi qu’avec ma troupe j’ai pris contact avec les étudiants, et j’ai compris que ce problème devait être posé. Ainsi, pour le vingtième anniversaire de la révolution, on a fait La Guerre de deux mille ans. On a mis l’histoire de la Kahina au théâtre. On l’a traduite en tamazight. Il y a même eu une expérience en tamazight de Mohamed prend ta valise qui a été jouée avec le plus grand succès à Tunis.
Mais il faut reconnaître que c’est mon séjour au Vietnam qui m’a renforcé dans cette idée. En revenant du Vietnam (en 1970), je suis allé en Syrie et, dans la rue Abd-el-Kader-el-Djazaïri, j’ai entendu parler en tamazight... En plein Damas ! Pourquoi ? Les Kabyles, les vrais compagnons d’Abd el-Kader, ceux qui l’ont suivi dans l’exil jusqu’à la mort, ils sont là-bas. Ce sont les femmes, les vieilles femmes, qui ont sauvegardé la langue, et c’est comme ça qu’on continue à parler tamazight à Damas. Toutes ces choses se retrouvent.

- Les Kabyles, c’est à croire qu’on les retrouve partout : en Tunisie (émigrés au siècle dernier), au Maroc, depuis l’entrée desTurco-Ottomans,etensuitedesFrançais,enSyrie, et même en Nouvelle-Calédonie !
- Une autre fois, je revenais de Bulgarie. Dans l’avion, au retour - l’avion s’arrêtait à Alger mais il allait aussi au Maroc. J’étais assis à côté d’un Marocain. On a commencé à parler, on a parlé de Tizi-Ouzou. Il m’a dit qu’au Maroc Tizi-Ouzou avait été un vrai coup de tonnerre. Ça a beaucoup frappé le peuple, le fait que le peuple algérien ait bougé pour sa langue. Là-bas, c’est la langue par excellence, surtout dans les montagnes, le Rif.
J’ai appris très récemment qu’à Toulouse il y a une forte activité en tamazight. Ils ont fait salle comble dans un théâtre. Un type m’a dit que, là-bas, il y avait des Algériens, des Marocains, et même des Libyens. Tout ça, c’est très prometteur. Maintenant, c’est à nous de concrétiser cette force, de lui donner une expression, de la rendre évidente pour tous. Ça ne fait que commencer. De toute façon, nous, ce n’est pas le pouvoir qui nous intéresse, c’est plutôt la conscience, la prise de conscience detout un peuple. Que faire du pouvoir si on ne sait pas où on doit aller ni ce qu’on doit faire ? Et que sommes-nous exactement ? Il faut expliquer inlassablement les choses, les mettre au clair. Tout en sachant que ça durera certainement longtemps, car c’est une lutte de longue baleine. Mais les choses vont certainement plus vite qu’on ne le croit. Il faut aussi compter avec les erreurs de nos ennemis. Rappelez-vous ce qui a été à l’origine de Tizi-Ouzou... C’est cette balourdise incroyable d’un ouali qui ose interdire une conférence sur la poésie ancienne des Kabyles. C’est les erreurs de nos ennemis qu’il faut comptabiliser. Quand ils font des bêtises comme ça, nos ennemis parfois nous donnent de l’espoir. Oui, ils ne manquent pas de faire des bêtises, d’humilier les gens, de manifester leur mépris, leur ignorance, leurs préjugés, et c’est ça qui va préparer le terrain à la prise de conscience, puisqu’ils continuent. Ils n’ont pas compris, ils ne vont jamais comprendre, et, par là même, ils sont condamnés à commettre toujours les mêmes erreurs.

- Vous croyez ?
- Ah oui ! Les choses vont beaucoup plus vite à notre époque qu’autrefois. Il faut apprendre à manier les armes que nous avons. Il y a des armes comme le magnétophone.

- La caméra, la vidéo...
- La révolution a été beaucoup aidée par le transistor, la radio, etc. Puisque nous avons ces armes entre les mains, il faut nous en servir.



Propos recueillis par Tassadit YACINE.


Source : AWAL, n° 9, Paris, 1992.
Repris dans : Kateb Yacine, Le poète comme un boxeur. Entretiens 1958-1989, Editions du Seuil, Paris, 1994. Textes réunis et présentés par Gilles carpentier avec le concours de l’IMEC.

P.-S.

Cet entretien est repris avec l’aimable autorisation de Tassadit Yacine, Directrice d’AWAL, Cahiers d’études berbères.
Dans l’ouvrage "Le poète comme un boxeur", l’entretien est intitulé "C’est africain qu’il faut se dire".

mercredi 4 décembre 2013

Conflit communautaire à Ghardaïa : Le FFS accuse les services de sécurité de crimes

Conflit communautaire à Ghardaïa : Le FFS accuse les services de sécurité de crimes

04/12/2013 - 17:38

ALGER (SIWEL) — Dans une intervention de son chef du groupe parlementaire, le FFS accuse les services de sécurité d’avoir commis des crimes contre des groupes d’individus à Ghardaïa, et réclame une commission d’enquête parlementaire.


La police algérienne a pris position contre les amazighs mozabites au profit des arabes lors du conflit. PH/DR
La police algérienne a pris position contre les amazighs mozabites au profit des arabes lors du conflit. PH/DR
« Les services de sécurité ont commis des crimes contre des citoyens. Ces derniers ont subit la torture, la détention, l’atteinte à la pudeur et à la dignité des gens et même le viol et ce de manière sélective », a dénoncé, le FFS, par la voix de son chef du groupe parlementaire, Chafaâ Bouaiche,les agissements des services de sécurité lors des événements de Guerara à Ghardaïa. Le FFS précise dans son communiqué que des éléments de la police « ont arrêté 170 personnes appartenant à la même communauté pour vandalisme, incendie et incitation et ont torturé ces détenus au siège de la sûreté de Guerrara avec différents moyens »,sans mentionner toute fois qu’il s’agit de jeunes amazighs mozabites qui sont en conflit avec des Zaâmbis, d’origine arabe.

Le FFS a demandé, sans grande conviction, une commission parlementaire pour faire la lumière sur les dépassements dangereux des services de sécurité enregistrés dans la daïra de Guerrara. Il a exigé la poursuite des auteurs de ces dépassements et la réhabilitation des victimes ». « Je saisis l’occasion pour demander officiellement une rencontre avec le ministre de l'Intérieur pour l'informer de ce que nous avons constaté afin qu’il prenne des mesures urgentes », a souligné le député dans son intervention.

dm
SIWEL 04 1738 DEC 13

Vgayet : un impressionnant déploiement de militaires et de gendarmes angoisse la population

Vgayet : un impressionnant déploiement de militaires et de gendarmes angoisse la population

04/12/2013 - 12:14

VGAYET (SIWEL) — Selon des sources locales à Vgayet, d’importants convois de militaires et de gendarmes ont été déployés ces quatre derniers jours dans plusieurs localités de la région : Souk Letnine, Darguina , Taskriout et Ait Smaïl. Ce brusque et massif déploiement de forces armées dans la région inquiète la population qui ne voit pas d’un bon œil la présence massive de ces deux corps de sécurité qui n’ont pas bonne réputation en Kabylie, en particulièrement les gendarmes responsables de l’assassinat de 128 kabyles durant le printemps Noir de 2001, mais également les militaires qui collectionnent les "bavures" et tuent des citoyens kabyles au lieu de combattre le terrorisme. Aucune explication n’a été donnée à la population quant à ce soudain et massif déploiement de forces armées à Vgayet.


Les récents mouvements de troupes massives en Kabylie  n’inspirent pas confiance à la population qui s'inquiète d’une éventuelle recrudescence de « bavures militaire » ou pire d’une réédition de 2001, avec notamment un retour massif des gendarmes qui avaient été chassés de Kabylie après le printemps noir (PH/DR)
Les récents mouvements de troupes massives en Kabylie n’inspirent pas confiance à la population qui s'inquiète d’une éventuelle recrudescence de « bavures militaire » ou pire d’une réédition de 2001, avec notamment un retour massif des gendarmes qui avaient été chassés de Kabylie après le printemps noir (PH/DR)
La présence massive des gendarmes et des militaires qui n’arrêtent pas d’affluer depuis 4 jours dans le département kabyle de Vgayet commence à inquiéter sérieusement les populations locales. Ils craignent au mauvais coup du régime, ce dernier ayant en effet pour habitude de faire « flamber la Kabylie » quand une guerre de succession se dessine au sommet de l’Etat, nous confie un citoyen ayant requis l’anonymat. « On ne sait pas pourquoi ils sont là. Ils ne donnent aucune explication à leur présence massive et nous répondent uniquement qu’ils sont en état d’alerte ! Et ben nous aussi on est en état d’alerte ! On n’a pas confiance » ajoute-t-il. Pour rappel, en décembre 2012, deux jeunes kabyles de Vgayet avaient été tués et deux autres grièvement blessés près de Darguina par une patrouille de militaire. L’affaire a été classée en « bavure militaire».

En effet, depuis quelques jours, la région est quasiment quadrillée par des militaires et des gendarmes. Ils sont partout. Des soldats et des gendarmes ont sont positionnés sur les hauteurs d’Aokas. Les barrages, déjà très nombreux, se sont multipliés : « on ne comprend pas pourquoi ils rajoutent encore des barrages. Vous avez des bouchons en pleines routes de montagnes à cause de barrages qui n’ont jamais servi à autre chose qu’à pourrir le quotidien des citoyens pendant que les terroristes circulent librement dans les maquis et que les tentatives de kidnapping sont déjouées par les citoyens ! Alors qu’est-ce qu’ils nous veulent maintenant ? » S’inquiète notre interlocuteur.

Du côté d’Ait Smaïl, le stationnement d’importantes troupes de l’armée algérienne angoisse sérieusement la population qui s’imagine les pires des scénarios, craignant une réédition de 2001 : « ils vont pas nous refaire le coup de 2001 ! Qu’est-ce qu’ils font à Ait Smaïl ? », s’indigne un citoyen de ladite localité. Aucune communication officielle n’a été donnée à ce déploiement brusque et massif de gendarmes et de militaires à Vgayet. Les plus optimistes supposent la traque d’un groupe terroriste qui se serait établi dans la région mais la majorité de la population ne semble pas convaincue par cette éventualité arguant du fait que « les terroristes sont là, au vu et au su de tout le monde, depuis l’amnistie générale des terroristes. Et jamais personne ne les a inquiété ».

Alors que signifie ce mouvement massif de troupe militaire ?

maa,
SIWEL 041214 DEC 13

dimanche 1 décembre 2013

"Il faut en finir avec l'idéalisation des figures historiques kabyles" | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

Nafa Kireche
Nafa Kireche, ministre des relations avec la France du Gouvernement Provisoire Kabyle (Photo : Rezki.net)
Nafa Kireche, ministre des relations avec la France du Gouvernement Provisoire Kabyle (Photo : Rezki.net)
"Beaucoup de gens, dans le milieu politique kabyle ironisent sur Ferhat. Pour eux, Ferhat n’est qu’un artiste et ne devrait se cantonner qu’à la chanson. Or, la réalité est que Ferhat en est à son troisième livre et quels livres ! Ils sont du même acabit que les écrits de Bernard Lugan et d’autres spécialistes du monde africain, qui ont bien mis en évidence que les clivages dans ces sociétés sont ethniques et non politiques".
01/12/2013 - 22:16 mis a jour le 01/12/2013 - 22:16 par La Rédaction

Monsieur le ministre, le président Bouteflika, malgré sa santé précaire, semble promis à sa réélection...
L’Algérie n’a jamais été gouvernée par qui que ce soit. La vérité est que les richesses du pays sont gérées, pour ne pas dire pillées, par les puissances occidentales, dans le cadre d’un deal avec les décideurs algériens qui ne restent d’ailleurs décideurs que parce qu’ils acceptent ce deal. Le reste, c’est de la poudre aux yeux, du théâtre. Maintenir la population sous domination et l’empêcher de se soulever afin de pérenniser ce système. Pour cela rien de mieux que d’abrutir les gens par un mélange de nationalisme haineux et un islamisme anesthésiant. Donc le nom du président importe peu, la cible, c’est le système.
Vous êtes ministre des relations avec la France. Or, la France est la pierre angulaire de ce système. Où en est votre action vis-à-vis de la France ?
C’est compliqué. Il y a la France officielle, celle de la raison d’Etat, de la Realpolitik et la société française. Ce clivage entre France officielle et peuple français est d’ailleurs de plus en plus prégnant. Mon action consiste donc à infléchir les positions françaises par la base, en passant par les élus et le tissus associatif français. C’est difficile mais nécessaire car les liens entre la France et l’Algérie sont inextricables.
Ferhat Mehenni vient de sortir un livre dans lequel il envisage une perte de l’Afrique par la France. Pensez vous que la France puisse perdre l’Algérie ?
La France joue un jeu trouble au niveau international et doit s’attendre à un retour de bâton. Les peuples sont de moins en moins dupes de ce qui se passe en coulisses. La France a perdu beaucoup de son aura ces dernières années et ça risque de se traduire également au niveau économique. Je tente de sensibiliser la classe politique française sur la nécessité d’avoir une vision à plus long terme et de cesser la politique de la terre brûlée en soutenant des régimes qui fabriquent des terroristes et des gens désespérés, qu’on retrouve d’ailleurs souvent en France...
Beaucoup de gens, dans le milieu politique kabyle ironisent sur Ferhat. Pour eux, Ferhat n’est qu’un artiste et ne devrait se cantonner qu’à la chanson. Or, la réalité est que Ferhat en est à son troisième livre et quels livres ! Ils sont du même acabit que les écrits de Bernard Lugan et d’autres spécialistes du monde africain, qui ont bien mis en évidence que les clivages dans ces sociétés sont ethniques et non politiques.
La Kabylie semble rester distante vis-à-vis des positions indépendantistes...
Non la Kabylie est tout à fait réceptive à cette idée, même si elle doit encore être explicitée. Les obstacles sont nombreux. La société est quadrillée par le régime, militairement et culturellement avec la présence de nombreux imams, la construction de mosquées et l’installation d’enseignants arabisants. Par ailleurs, les partis d’opposition classiques comme le FFS et le RCD continuent dans une négation de la spécificité kabyle qui devient aussi ridicule que démente. Il y a là quelque chose de psycho-pathologique face à un tel aveuglement.
Enfin, il est temps d’ouvrir les yeux des kabyles sur leurs héros. Les Krim Belkacem, Amirouche et autre Abane Ramdane ont une responsabilité énorme dans la situation ou se trouve la Kabylie, qui est censée être leur région. Il n’y avait pas plus antibérbéristes qu’eux. Ils se sont alliés aux ennemis mortels de la Kabylie avant de se faire lamentablement éliminés. Aujourd’hui, il faut arrêter avec cela. Ces gens ont été les architectes de l’Algérie telle qu’elle est, c’est à dire antikabyle. Il faut en finir avec l’idéalisation de certaines figures historiques kabyles sous prétexte qu’elles sont kabyles. Cela vaut aussi pour Hocine Ait-Ahmed. Un kabyle qui fait de l’antikabylisme, pour moi, c’est impardonnable. Par contre les arabophones, c’est autre chose, il y a un rapport de force politique et identitaire qu’ils assument à leur avantage.
Mais n’ont-ils pas joué un rôle majeur dans la guerre de libération en s’opposant justement à l’armée coloniale ?
Qu’ils aient joué un rôle majeur dans la lutte de libération de l’Algérie, cela personne ne le conteste, et certainement pas moi. Mais avec plus de 50 ans de recul, et un combat reconfiguré pour la Kabylie, il est temps d’ouvrir les yeux sur l’idéologie qu’ils servaient. Les militants berbéristes qui ont été éliminés l’ont souvent été par Abane, Krim et Amirouche eux-mêmes ! Ils étaient grisés par ce qu’ils vivaient et se foutaient royalement des conséquences. Ils sont rentrés dans l’Histoire mais l’Algérie les nie malgré leur zèle et la Kabylie les vénère à tort car ils n’ont rien fait pour elle, bien au contraire.
Il est temps aujourd’hui de regarder les choses en face et de rendre hommage aux vrais combattants kabyles de la guerre de libération, ceux qui n’ont jamais accepté de mettre leur kabylité à la poubelle et qui avaient leur lucidité sur le clivage qui animerait la société algérienne indépendante : Bennai Ouali, Ammar Ould Hammouda (cousin d’Amirouche), Ali Laimeche, Said Oubouzar, M’Barek Ait-Menguellet et pleins d’autres. Ce sont ces gens là qui doivent être honorés, malgré leur échec, pour leur loyauté envers leur région et leur rejet de l’idéologie arabo-islamique.
Certaines personnalités ont lancé un débat sur l’officialisation de Tamazight en Algérie. Quelle est votre position ?
Ma position est celle que le chanteur Idir a affirmé récemment. Il ne faut plus être dans la revendication mais il faut être, et ce, avec détermination. Revendiquer quelque chose revient à quémander et donc a reconnaître la légitimité du régime. Les initiateurs de la pétition pour l’officialisation de Tamazight se sont mis à genoux pour supplier leur maître Bouteflika de leur accorder le droit d’exister pour ce qu’ils sont. Cette démarche est naïve, une naïveté d’autant plus étonnante que nous avons affaire à des gens qui ont un kilométrage élevé sur la route du militantisme. Au fond, Hacène Hirèche et ses compagnons rejoignent la position de Hadi Ould Ali sur cette question.
Au GPK, nous considérons que sans un pouvoir politique propre à la Kabylie, qui veillera, protégera et développera la langue kabyle, le combat restera stérile. La co-officialisation de Tamazight aux côtés de l’Arabe, entre les mains du pouvoir, donc des tenants de l’arabo-islamisme, est un suicide linguistique et identitaire. Il s’agit en effet de mettre son existence entre les mains de ses bourreaux.
Cette revendication est éminemment politique, elle doit sortir de la sphère culturelle.